The X-Files : I Want to Believe

Les émotions m’assaillent de toutes parts au moment d’entreprendre la rédaction de cette critique. Soudain, le doute m’envahit : ma verve saurait-elle restituer avec fidélité et objectivité la vérité profonde de l’oeuvre de Carter, cette même œuvre qui incarne à la fois mon essence et mon existence? Cette interrogation mériterait assurément une réponse par la négative, aussi ferai-je mon possible pour laisser ce puissant et inaltérable émoi guider ma plume afin de restituer une impression la plus authentique possible. Ainsi est-il possible que les lignes qui vont suivre paraissent quelque peu décousues et moins intellectualisées qu’à l’accoutumée, ce qui ne sera sans doute pas sans désorienter mon lectorat traditionnel, mais qu’importe : cette critique sera écrite du premier jet ou ne sera pas !

 
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Nice – Pathé Lingostière – Salle n°6 – 29/07/2008 – 19h59 –
Avant première : The X-Files : Regeneration
 
La minute qui me sépare de la projection du film me paraît une éternité. Six longues années que j’attends ce moment. Six années interminables sans autres aventures originales de Mulder et Scully à me mettre sous la dent que quelques fanfics à la qualité parfois douteuse. Six années émaillées de rediffusions d’intégrale, de discussions passionnées sur les forums dédiées à cette œuvre fédératrice, mais également de doutes quant à une reprise de la franchise sur grand écran ; des doutes qui se muèrent en désespoir chez certains qui à l’instar de Sœur Anne ne voyaient rien poindre à l’horizon. Mais finalement l’arlésienne finit par se dévoiler. Aux premières rumeurs succédèrent les déclarations officielles de la X-team, les premiers clichés, les teasers, la campagne promotionnelle… et aujourd’hui nous tenons enfin ce nouvel opus attendu comme le Messie par les xphiles du monde entier. Je me maudits de ne pas être de la sauterie londonienne avec l’équipe du film, chose qui me serait apparue comme une limpide évidence quelques années auparavant. Cela me rappelle, non sans nostalgie, que de l’eau avait coulé sous les ponts depuis l’époque où je sévissais dans les revues et les forums spécialisés ou encore au fan club français. La passion est intacte, mais le temps qui passe amène son lot de contraintes venant remettre en question des tâches que l’on s’était pourtant juré d’accomplir. Il est précisément 20h. La lumière se tamise jusqu’à ce que la salle soit plongée dans l’obscurité la plus totale. Le brouhaha ambiant fait place à un silence religieux tandis qu’une poignée de retardataires finit de rejoindre les derniers sièges inoccupés de la salle. Le film peut débuter.
 
Je ne peux retenir quelques larmes… de bonheur alors que raisonnent les six notes caractéristiques du thème musical sorti tout droit de l’imagination de Marc Snow, il y a déjà 15 ans de cela. Très vite Chris Carter, qui avait la lourde tâche de succéder à Rob Bowman à la réalisation sur grand écran, nous ramène sur des sentiers familiers. Tous les ingrédients d’un épisode de X-Files sont là, comme jalousement préservés et que ces longues années d’absence n’auraient su altérer. La MSR (Mulder Scully Relation), qui a évoluée au fil des épisodes, reste la pierre angulaire de l’œuvre de Carter. Sans jamais prendre le pas sur les psychologies respectives des personnages, ni tomber dans le piège du shipperisme outrancier, la MSR reprend rapidement ses marques comme si le temps n’avait eu aucune emprise sur elle. La scène d’introduction de Mulder – une réussite à n’en point douter – en est une parfaite illustration. Remplie de références et autres clins d’œil à la série, elle pose les bases de ce nouvel opus tout en nous rassurant quant à la qualité à venir du film : nous serons bien en présence du 202ième épisode des X-Files ! Qu’on se le dise, malgré la volonté de Carter et Spotnitz de réaliser un loner (comprenez un épisode indépendant dont la compréhension globale ne nécessite pas une connaissance approfondie de la mythologie de la série), le film regorge de petits détails que seuls les xphiles les plus avertis sauront déceler. La mécanique non plus n’a pas varié d’un iota. Mulder et Scully, passablement marqués par les épreuves endurées tout au long de la série, sont fidèles à eux-mêmes et c’est un divin régal que de nouveau les voir débattre des évènements dont ils sont les témoins et de mener l’enquête « à l’ancienne ».
 
A ce titre, si les raisons scénaristiques qui amènent nos deux agents à collaborer de nouveau avec le F.B.I. semblent quelque peu alambiquées (mais comment pourrait-il en être autrement au regard des derniers évènements relatés dans la série ?), la trame générale, sans atteindre des sommets d’ingéniosité, est de bonne facture et tend à placer ce Régénération parmi les bons loners de la série. A ce titre, passer un loner du format 52 minutes au format long métrage représentait une grande première pour la X-Team et avait tout d’une gageure. Pourtant, Carter et Spotnitz ont su relever le défi et écrire une histoire plutôt bien ficelée (malgré, il est vrai, quelques incohérences scénaristiques ça et là) qui tient le spectateur en haleine durant toute la projection du film. Le rythme narratif est soutenu, bien aidé en cela par une réalisation irréprochable tandis que l’enquête avance au gré des visions d’un prêtre jadis convaincu de pédophilie. Ambiance, ambiance… Et que dire des dialogues dans la plus pure tradition de la série, c’est-à-dire d’une justesse poussée à l’extrême et que l’interprétation sans faille des acteurs parvient à transposer fidèlement à l’écran ? Là encore, les rouages sur lesquels s’appuyait la mécanique de la série ne semblent pas avoir pris la moindre ride et la mise en scène reflète bien le perfectionnisme de Carter.
 
Tel le virtuose menant son orchestre, le père des X-Files entraine son objectif dans un récital bien connu des xphiles. Disons le tout de go, la réalisation générale est de qualité. Non content d’opérer un montage haletant et d’enchaîner des prises de vues et des mises en scène chiadées, Chris Carter se plait à jouer avec la lumière comme personne. Si les jeux de lumière ont toujours constitué l’une des marques d’excellence du show, Chris Carter a su les magnifier tout au long de ces 1h45 de film. Un vrai travail d’artiste à n’en point douter et un modèle que de nombreux pseudo-réalisateurs feraient bien d’imiter avant de se lancer dans le tournage d’un film dark. Puisque nous sommes embarqués sur le registre de la réalisation globale, notons que l’ambiance musicale est réussie, même si Mark Snow se contente plus de recycler les bons vieux thèmes de la série (et de FTF) que d’innover. Tantôt oppressante, tantôt mélodieuse, tantôt mélancolique, celle-ci vous accompagne tout le long du film et reste en parfaite osmose avec l’univers des X-Files. Les special FX sont moins présents que lors du précédent opus cinématographique (notamment à la faveur d’un scénario s’y prêtant moins) et, il est vrai, d’une qualité moyenne. Cependant les maquillages, maquettes et autres décors, bien que peu diversifiés, sont d’excellente facture Quoiqu’il en soit, c’est le propre de X-Files d’être tourné de telle sorte de laisser la part belle à notre inconscient, notre subjectivité et notre imagination (lesquels sont le plus souvent guidés par nos peurs primaires). Force est de constater que ce X-Files là ne déroge pas à cette règle immuable… et ce n’est pas pour nous déplaire.
 
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Sophia Antipolis – Appartement 423 – 30/07/2008 – 3h43 –
En conclusion de cette critique
 
La fatigue commence à me gagner tandis que je m’apprête à conclure cette critique. Vous l’aurez compris – si du moins vous avez eu le courage de lire l’intégralité de cette review – je suis conquis par ce nouvel opus de qualité et qui renoue avec tous les canevas de la série. Toutefois, au regard des opinions émises par quelques spectateurs à la sortie de la séance, je me devais d’achever cette critique sur un tout autre registre.
 
Ainsi, à celles et ceux qui regretteraient l’absence de référence à la mythologie de la série, je répondrais que ce serait oublier un peu vite qu’ X-Files, avant d’être une série fantastique faisant la part belle aux complots gouvernementaux impliquant des E.B.E. (Entités Biologiques Extraterrestres), est avant tout la plus épique aventure humaine jamais narrée ; L’histoire de deux agents, amis puis amants en quête de vérité, mais surtout en quête d’eux-mêmes qui continuent d’avancer malgré la pénombre, malgré l’adversité, malgré les défaites à répétitions qu’ils subissent et les dommages collatéraux occasionnés par leur quête de la vérité. A ce titre, qui osera dire que ce Régénération déroge à la règle et ne s’inscrit pas dans la droite lignée des loners de la série ?
 
A celles et ceux qui regretteraient l’orientation donnée à ce film, arguant ça et là à qui voudrait bien les écouter que ce film n’est qu’une version longue d’un épisode des experts du fait de l’absence de fantastique, je rétorquerais que de l’eau aura coulé sous les ponts avant que les experts n’arrivent à ce niveau d’excellence dans l’écriture, dans la réalisation, dans l’interprétation, dans la mise en scène… Qui osera amalgamer une enquête basée sur des dons de voyance, sur des croyances mystiques et ésotériques et ayant pour toile de fond la régénération cellulaire (via les cellules souches, et même si la cohérence scientifique laisse à désirer en l’occurrence) à une vulgaire enquête policière menée dans une série de second rang ?
 
Enfin, à celles et ceux qui douteraient de mon impartialité et mon objectivité quant aux qualités intrinsèques de ce film, je leur suggèrerais de voir ou de revoir ce film en gardant en mémoire les propos que j’ai pu tenir tout au long de cette critique. X-Files : Régénération est un pur instant de bonheur, comme le cinéma ne nous en réserve que trop peu souvent, qui se laisse déguster pour peu que l’on sache ce que l’on va voir. A ce titre, le xphile avisé part avec une longueur d’avance puisqu’il se laisse entrainer le long de sentiers familiers et au gré d’une mécanique qui n’a plus de secret pour lui. Quant aux xphiles les plus intégristes, dont j’aurais pu être un porte-parole il y a encore peu de temps de cela, il convient de conserver à l’esprit que ce film se situe postérieurement aux évènements relatés dans les deux dernières saisons de la série, et que par conséquent il est on ne peut plus légitime que le ton soit un tantinet différent. Enfin, le spectateur non averti devra faire l’effort d’occulter tous les a priori qu’il peut avoir sur la série, des préjugés vaguement basés sur un lointain souvenir d’une poignée d’épisodes entraperçus quelques années auparavant. Cet effort sera un mal nécessaire sous peine de passer à côté de ce qui est assurément l’un des meilleurs films de l’année 2008.
 
En ce qui me concerne, je m’en vais rejoindre les bras de Morphée avec l’étrange sensation d’enfin pouvoir m’éteindre avec le sentiment du devoir accompli. Apaisé, des rêves plein la tête, je ne saurais trouver les mots pour exprimer ma gratitude envers la X-Team pour avoir comblé, avec ce X-Files : Régénération que j’aime à percevoir comme un cadeau fait aux fans du monde entier, mon désir indéfectible de retrouver cet univers que je chéris parmi tous les autres sur grand écran.
 
Au moment de conclure cette review, seul le crédo du film me vient à l’esprit : n’abandonnez jamais. Tels les derniers mots prononcés par Byers, Frohike et Langly alors que leur quête de la vérité connaissait une fin tragique ; Tels Mulder et Scully se relevant, envers et contre tous, après chacun de leurs échecs ; Tels les xphiles qui, des quatre coins du globe, ont su se mobiliser sans jamais faiblir et sans jamais cesser de croire que X-Files reviendrait sur grand écran ; ne baissez jamais les bras et ne cessez jamais de croire en vos rêves.
 
N’abandonnez jamais est bien l’une des leçons que l’on peut retirer de ce chef d’œuvre intemporel qu’est The X-Files.
 
Merci de tout cœur.
 
Alex Krycek
 
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