Le Panthéon du cinéma : 9 – The Last Samurai

C’est avec une pointe de fébrilité que j’entame la présentation du film se classant en neuvième position de ce Panthéon consacrant dix films légendaires. Nul doute que pareil ressenti provient du fait que The Last Samurai est probablement le titre le plus controversé de ce classement. Pour parler franchement, bien qu’ayant adoré le film jusqu’à arborer fièrement à domicile une plv ostensible à la gloire de celui-ci, j’ai moi-même été pour le moins surpris de constater son excellent classement une fois la base de données compilée, supplantant par là même des péplums tels que Troy et autres Gladiator. Et pourtant, le résultat est là, implacable. The Last Samurai se retrouve neuvième de ce classement, et il ne me sera nullement difficile de vous accompagner par-delà les sentiers de ce film tant ce dernier occupe une place de choix dans ma vidéothèque. Alors, munissez-vous de vos plus belles chausses car la ballade qui s’annonce promet d’être onirique, poétique, philosophique et épique. Pour votre plus grand émerveillement…

 
Fiche technique
 
The Last Samourai
  Titre Original : The Last Samurai
Titre Français : Le Dernier Samouraï
Genre : Action / Drame historique
Réalisateur : Edward Zwick
Producteurs : Tom Cruise, Paula Wagner…
Acteurs : Tom Cruise, Ken Watanabe, Billy Connolly, Timothy Spall
Scénariste : John D.G. Logan

Musique : Hans Zimmer
Distributeur : Warner Bros.
Sortie US : 5 décembre 2003
Sortie Fr : 14 janvier 2004
Durée : 160mn
Budget : 140M$
Box-office mondial : 456,8M$
Evaluation Globale : 83,33%

 
Synopsis
 
Source : Wikipedia

En 1876, Nathan Algren, un vétéran des guerres indiennes, est engagé par le politicien et conseiller de l'empereur, Omura. Celui-ci souhaite se débarrasser d'un ancien général de l'armée nipponne, le légendaire samurai Katsumoto, et engage Algren pour qu'il entraîne l'armée japonaise. Tandis qu'ils attendent l'arrivée des samurai dans une forêt dans le Yoshino, les samurais attaquent et massacrent les conscrits japonais. Algren est capturé et emmené dans le village du fils de Katsumoto, Nobutada, loin dans les montagnes. Peu à peu, Algren apprend à connaître et à comprendre l'esprit du samurai, et cette antique sagesse qu'essaye de préserver Katsumoto. C'est aux côtés des samurais qu'il va prendre part à la fin de l'ancien ordre, guidé par son sens de l'honneur.

 
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L'analyse
 
Il est un fait que Japon et Etats-Unis d’Amérique ne font pas toujours bon ménage. Concurrents sur la scène économique, tenants de cultures diamétralement opposées prônant des valeurs parfois totalement dissonantes, les relations entre ces deux géants de l’échiquier mondial oscillent souvent entre incompréhension et hostilité, et ce ne sont pas les évènements historiques ayant émaillé le siècle précédent qui témoigneront du contraire. Aussi, lorsque Hollywood se met en tête de monter une superproduction censée dépeindre une époque focale de l’histoire du pays du soleil levant, marquant un passage de témoin entre les valeurs de l’ancien temps et celles de l’ère moderne, d’aucuns pourraient s’inquiéter de la teneur du résultat final. Aux personnes se reconnaissant dans cette catégorie, le seul accueil reçu par ce Last Samurai au sein de l’archipel nippon devrait dissiper les derniers doutes quant à la qualité intrinsèque du film. 

Ainsi, l’œuvre de Zwick est-elle à créditer de meilleurs résultats d’exploitation en terres japonaises que sur le sol américain. Fait inédit pour un film de ce genre, du moins à ma connaissance. Les observateurs nippons, habituellement très critiques envers les productions américaines, n’ont en l’espèce pas tari de louanges lors de la présentation officielle du film au Japon, saluant pêle-mêle la virtuosité de la mise en scène, des jeux d’acteurs emplis de justesse ou encore le travail de documentation de l’équipe technique du film imprégnant l’œuvre d’une grande authenticité que ce soit au niveau des coutumes, des valeurs, des costumes que dans les dialectes usités et les thématiques abordées. A ce titre, le spectateur se retrouve totalement immergé dans ce Japon en crise d’identité, tentant tant bien que mal à amorcer une mutation délicate entre coutumes féodales (voire ancestrales) et contraintes modernes. Il convient néanmoins de souligner que, pour les besoins du script, les scénaristes ont pris bon nombre de libertés historiques dont celles de remplacer les protagonistes occidentaux (le plus souvent français, allemands et néerlandais d’ailleurs) par des américains. Concrètement, cela se traduit par une romance fictive s’inscrivant au cœur d’évènements réels (les rébellions de Satsuma et Shimabara, la bataille de Shiroyama, l’industrialisation des forces militaires japonaises,..) mais souvent partiellement déconnectés les uns des autres, et quoiqu’il en soit assaisonnés (voire revisités) de manière à servir la dramaturgie du film. Il n’en reste pas moins que la présente œuvre, bien que linéaire dans sa narration et n’hésitant pas à recycler des canevas parfois éculés, propose un scenario de très bonne facture propre à susciter moult émotions auprès du spectateur (nous y reviendrons infra). 

Le travail technique réalisé autour du film contribue d’ailleurs grandement à sa puissance émotionnelle. Réalisation, photographie, mise en scène, reconstitution des costumes et décors d’époque, bande son, chorégraphies, chaque aspect du film a manifestement fait l’objet d’un soin tout particulier à même de faciliter l’immersion du spectateur dans le Japon de la fin du XIXème siècle. Nul doute qu’Edward Zwick signe ici la pièce maîtresse d’une filmographie qui, si elle ne brille pas par sa profondeur (seulement neuf réalisations en vingt-trois années), se révèle riche qualitativement (Blood Diamond, About Last Night, Glory, ou encore l’excellent Legends of the Fall). Globalement, le film ne souffre d’ailleurs d’aucune faiblesse technique et, à ce sujet, ne peut quelque part que déplorer la sortie simultanée du troisième opus du Lord of the Rings de Peter Jackson sans quoi il aurait très probablement glané quelques statuettes au cours de la cérémonie des Oscars 2004 (se référer au tableau des récompenses infra). On pense tout particulièrement à la photographie qui se révèle exceptionnelle, ponctuée d’effets de lumière vraiment convaincants ce qui n’est pas toujours évident dans ce genre de productions, ou au travail accompli par Hans Zimmer sur la bande originale, sans omettre le travail titanesque de mise en scène de batailles épiques, toutes plus magnifiquement chorégraphiées les unes que les autres. 

D’ailleurs, est-il seulement possible de passer en revue les aspects techniques du film sans évoquer le jeu des acteurs, en commençant par la tête d’affiche qui se trouve être l’acteur de tous les paradoxes puisqu’il cumulait encore il y a peu les titres d’acteur préféré et d’acteur le plus insupportable d’Hollywood. Tom Cruise, on l’aime ou on ne l’aime pas, mais force est de constater qu’il ne laisse guère indifférent. Il n’en reste pas moins qu’il est l’un des acteurs s’impliquant le plus dans ses projets artistiques, n’hésitant ni à réaliser lui-même la majeure partie des cascades que le rôle lui impose, ni à prendre énormément de temps à répéter un rôle de manière à habiter le personnage. Le présent film est un parfait exemple du degré d’implication pouvant être le sien dans des projets lui tenant particulièrement à cœur. Ainsi, sa préparation pour le film s’est-elle étalée sur pas moins de deux ans. Il n’en fallait pas moins pour acquérir une maîtrise crédible de l’art martial samouraï (une année d’entraînement intensif à concurrence de 7h par jour), sans omettre les leçons de japonais que l’acteur a dû suivre afin de paraître crédible, alors même qu’il aurait pu être doublé… Il apparaît un Tom Cruise au jeu étonnement mature, sobre et tout en humilité, en totale opposition de nombre de ses prestations passées. Bien loin de tirer toute la couverture à lui il sait, quand le scenario le demande, modestement s’effacer au profit de seconds rôles tous mieux interprétés les uns que les autres. Ken Watanabe, pour ne citer que lui, incarne un Katsumoto (version romancée de Saigo Takamori) émouvant à souhait. Les scènes de discussions entre lui et Cruise sont proprement fascinantes, non seulement dans la justesse des dialogues, mais surtout dans la finesse de leurs interprétations. Il n’est en rien étonnant de constater que Ken Watanabe a trusté bon nombre de nominations et récompenses au titre de meilleur second rôle masculin tant il parvient – avec la complicité bienvenue de Tom Cruise – à éclipser ce dernier ce qui, vous en conviendrez, n’est jamais une mince affaire. Quant aux autres seconds rôles, il me serait difficile de les passer en revue ici sans risquer de faire prendre à cette analyse des dimensions proprement inacceptables, la présente chronique n’ayant aucune vocation à tendre vers le roman-fleuve. 

Au final, c’est donc avec délectation que l’on suit le chemin initiatique d’un « héros » en quête de Rédemption qui finira par trouver le Salut par-delà le Pacifique, auprès de fiers guerriers samouraïs, ceux-là mêmes qu’il était venu combattre initialement. Car ne nous y trompons pas, l’une des indéniables forces du scenario tient justement en sa capacité de proposer un habile contraste entre le cheminement personnel du héros et la question de la préservation des valeurs traditionnelles sur lesquelles s’est bâti un Japon millénaire. Alors que les intérêts économiques et militaires font entamer au pays du soleil levant une marche inexorable vers la modernisation, la véritable question de fond est alors de savoir dans quelle mesure cette modernisation est souhaitable et compatible avec les valeurs ancestrales nippones. La dramaturgie du film réside alors grandement dans la savante alchimie trouvée par Edouard Zwick quant à la manière d’aborder cette thématique à travers le voyage initiatique de son protagoniste, lequel va redécouvrir auprès de ses ravisseurs des valeurs martiales – mais avant tout humaines – fondamentales pour finalement les faire siennes. Nul doute que les amateurs de poésie seront touchés tant il y a quelque chose de lyrique et d’éthéré dans la manière dont Nathan Algren finit, au gré des enseignements philosophiques de Katsumoto, par trouver la place qui est la sienne. Loin de commettre l’erreur de porter de jugement de valeur sur la problématique de fond, le film émerveille par la subtile manière qu’il a de présenter l’art de vivre traditionnel samouraï, et la place particulière accordée à l’Honneur, au Sacrifice et plus encore au Don de soi. Des valeurs quelque peu tombées en désuétude au sein de nos sociétés contemporaines et qu’il fait bon de redécouvrir le temps d’une escapade aussi sublime que touchante dans ce Japon si lointain et néanmoins immortel.

 
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Pour aller plus loin
  • Nominations et Récompenses
Cérémonie Récompenses Nominations
Oscars 2004   Meilleur second rôle (Ken Watanabe)
Meilleurs costumes
Meilleurs décors
Meilleur mixage sonore
Golden Globes   Meilleur acteur (Tom Cruise)
Meilleur second rôle (Ken Watanabe)
Meilleure bande originale
Satellite Meilleure bande originale
Meilleur montage
Meilleurs costumes
Meilleure photographie
Meilleur film dramatique (G. Kinnear)
Meilleur acteur (Tom Cruise)
Meilleur second rôle (Ken Watanabe)
Meilleure direction artistique
Meilleurs FX
 
A noter que le film a reçu la distinction de meilleur film étranger dans l’équivalent japonais des oscars, preuve s’il en est de l’accueil très positif du film auprès de l’académie japonaise de cinéma. 
 
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  • Répliques Cultes

Même s’il se révèle moins riche en répliques mémorables qu’As Good as it Gets – exercice délicat s’il en est -, The Last Samurai propose néanmoins son lot d’envolées lyriques dont certaines, appelant à la réflexion, soulignent avec bonheur la grande application apportée par l’équipe du film aux dialogues. Et comme il est désormais de coutume, je vous en livre un florilège en V.O. dans le texte.

Simon Graham: [en voix off] They say Japan was made by a sword. They say the old gods dipped a coral blade into the ocean, and when they pulled it out four perfect drops fell back into the sea, and those drops became the islands of Japan. I say, Japan was made by a handful of brave men. Warriors, willing to give their lives for what seems to have become a forgotten word: honor.

Katsumoto: You believe a man can change his destiny?
Nathan Algren: I think a man does what he can, until his destiny is revealed.

Algren: There is life in every breath…
Katsumoto: That is, Bushido.

Katsumoto: The perfect blossom is a rare thing. You could spend your life looking for one, and it would not be a wasted life.

Higen: Will you fight the white men, too?
Nathan Algren: If they come here, yes.
Higen: Why?
Nathan Algren: Because they come to destroy what I have come to love.

Nathan Algren: [à l’Empereur Meiji] This is Katsumoto's sword. He would have wanted you to have it. He hoped with his dying breath that you would remember his ancestors who held this sword, and what they died for. May the strength of the Samurai be with you, always.
[…]
Your Highness… if you believe me to be your enemy, command me, and I will gladly take my life.
Empereur Meiji: [évoquant Katsumoto] Tell me how he died.
Nathan Algren: I will tell you how he lived. 

  • Anecdotes
  – Contrairement à  ce que la traduction française laisse penser, il faut comprendre le titre du film comme un pluriel. Ainsi, il ne convient plus de considérer Nathan Algren comme le dernier samouraï, mais bien le clan de Katsumoto comme les derniers samouraïs.

  – Tom Cruise a renoncé à son cachet pour les besoins du film, ne touchant des royalties qu’en tant que coproducteur.

  – Les caractères kanji qui apparaissent sur l’affiche du film ne font pas référence au titre du film, mais disent bushido (la voie du guerrier).

  – Une référence explicite à l’estampe japonaise ukiyo-e « backwards beauty » de Hishikawa Moronobu, un très célèbre peintre japonais de la fin du XVIIème siècle. Celle-ci se matérialise au moment où le Capitaine Algren surprend Taka se déshabillant. Une prise de vue aussi habile que furtive nous montre la belle adoptant la même posture que sur l’estampe en question, les vêtements glissant légèrement sous ses fines épaules.
 
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