Le Panthéon du cinéma : 10 – As Good as it gets

Les jeux sont faits, rien ne va plus. C’est par cette expression consacrée, empruntée à l’univers des cercles de jeux, que je vous annonce la clôture officielle des prises de pronostics concernant ce Panthéon du cinéma. Il ne vous reste désormais plus qu’à attendre patiemment que le résultat final vous soit progressivement divulgué. Aujourd’hui, premier élément de réponse avec le film classé dixième de ce classement qui se trouve être une comédie… romantique. Ceux qui me connaissent de longue date pourront être pour le moins surpris de voir une production de ce type truster l’une des dix premières places de ce classement tant mon aversion pour ce genre cinématographique peut être grande par moments. Les autres pourront tout simplement se questionner sur la présence d’un tel film dans ce classement en constatant l’absence d’un nombre considérable de productions bien plus ambitieuses et autres blockbusters alignant les entrées comme Samuel L. Jackson enchaine les navets… Oui, mais voilà, As Good as it Gets est tout sauf une comédie romantique conventionnelle et la courte présentation à venir tentera, sinon de vous le démontrer, a minima de vous donner l’envie de vous (re)plonger dans ce film, fusse au détour d’une location en VOD.

 
Fiche technique
 
As good as it Gets
  Titre Original : As Good as it Gets
Titre Français : Pour le pire et pour le meilleur
Genre : Comédie romantique
Réalisateur : James L. Brooks
Producteur : Laura Ziskin
Acteurs : Jack Nicholson, Helen Hunt, Greg Kinnear, Cuba Gooding Jr.
Scénaristes : James L. Brooks & Mark Andrus

Musique : Hans Zimmer
Distributeur : Tristar Pictures
Sortie US : 25 décembre 1997
Sortie Fr : 18 février 1998
Durée : 139mn
Budget : 50M$
Box-office mondial : 280,4M$
Evaluation Globale : 83,22%

 
Synopsis
 
Source : Wikipedia

Melvin Udall (Jack Nicholson) est écrivain, auteur de romans à succès. Il est par ailleurs atteint de troubles obsessionnels compulsifs, ce qui fait de lui un asocial. La seule personne qui semble le supporter, sans pour autant le ménager, est Carol Connelly (Helen Hunt), serveuse du restaurant dans lequel il a sa table attitrée. Suite à l'hospitalisation de son voisin Simon Bishop (Greg Kinnear), agressé chez lui, Melvin se trouve obligé de s'occuper du chien de celui-ci, Verdell. L'obligation de s'occuper à autre chose que lui-même va l'amener à nouer peu à peu des relations avec ses semblables et changer son mode de vie.

 
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L'analyse
 
Voilà une entrée en matière de nature à en surprendre plus d’un. La présence d’une comédie romantique au sein d’un Panthéon supposé consacrer dix films légendaires a, en effet, ceci de potentiellement incongru que l’on est en présence d’un genre cinématographique laissant peu de place à l’improvisation, où les canevas sont souvent plus éculés les uns que les autres, et par conséquent, où surprendre le spectateur relève de l’exploit. En un sens, As Good as it Gets ne déroge pas à cette règle immuable au genre en ce qu’il n’est jamais fait grand mystère de la manière dont le film est amené à se terminer. L’homme et la femme que tout oppose de prime abord (le premier est un riche écrivain quand l’autre trime comme serveuse dans un restaurant quelconque, lui est un associable rongé par ses névroses comportementales quand elle est un modèle de prévenance, et quand lui est proprement détestable, aigri et méchant malgré lui, elle est de toute évidence une personne touchante, sensible et ayant le « cœur sur la main ») vont finir par se découvrir et s’aimer envers et contre tous. Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, clap de fin, circulez ya rien à voir ! Non, As Good as it Gets ne parvient pas à s’extirper de ce sempiternel schéma qui semble invariablement et inexorablement accroché à ce type de films. Mais ici s’arrête la comparaison avec 99% de la production cinématographique à entrer dans cette même catégorie tant le présent film n’a absolument rien de conventionnel.

Comme vous pouvez aisément l’imaginer, la valeur d’un tel film ne saurait résider dans des aspects purement techniques, quand bien même la réalisation est ici plutôt propre et soignée. Il en va de même concernant la bande son qui se doit de coller au genre et, par conséquent,  ne permet pas à Hans Zimmer de donner la pleine mesure de son talent comme ce put être le cas dans quelques productions antérieures (The Lion King, Rock, Broken Arrow,…) et postérieures (MI :2, Pirates of the Caribbean, Gladiator ou encore The Last Samurai…) au film de James L. Brooks. Non, la valeur d’une telle production est à chercher dans l’originalité du scénario, sa puissance émotionnelle, le travail psychologique accompli autour des personnages, le savant équilibre entre ceux-ci, la prestation des acteurs (protagonistes et side-kicks), la justesse de l’écriture et la pertinence des thématiques abordées. Et force est de constater que sur l’intégralité de ces critères, As Good as it Gets a su s’ériger en véritable référence.

Quand James L. Brooks à qui l’on doit notamment des contributions en tant que scénariste et/ou réalisateur dans des films tels que Jerry Maguire, The Simpsons Movie, I’ll do Anithing,  ou encore War of the Rose rencontre Jack Nicholson, cela donne un mélange détonnant pour un film singulier. Dire que ce dernier a été spécialement écrit pour Jack Nicholson n’est d’ailleurs pas une hérésie dans la mesure où nul autre acteur n’aurait su donner au personnage de Melvin Udall la consistance nécessaire pour faire de As Good as it Gets un très grand film. Car si les personnages sont absolument savoureux, ils le doivent en grande partie aux prestations tout simplement exceptionnelles des acteurs. Pour vous en convaincre, je vous laisse le loisir de méditer sur le chiffre « 2 ». C’est le nombre de statuettes remportées par le film dans les catégories « meilleur acteur » (au détriment de Matt Damon pour sa prestation dans Good Will Hunting) et « meilleure actrice » (outrepassant la performance d’Helena Bonham Carter pour The Wings of the Dove) au cours de la très officielle cérémonie des oscars 1998. Plus encore que la simple consécration des performances de premier ordre de ses deux têtes d’affiche, l’exploit se doit d’être tout particulièrement souligné en ce que le film s’est octroyé cette année-là les deux seules récompenses manquantes au palmarès du Titanic de James Cameron. L’équipe du film fait preuve d’un savoir-faire exceptionnel pour donner un volume absolument considérable à ce qui aurait pu n’être qu’une histoire d’amourette de plus noyée au fin fond de l’océan des mièvreries romantiques cinématographiques. La dynamique autour du diptyque, auquel il serait injuste d’occulter l’apport considérable d’un Greg Kinnear émouvant à souhait,  fonctionne à merveille en s’appuyant sur des dialogues savoureux et des mises en situation chiadées à l’extrême. La savante alchimie se fait alors naturellement et c’est avec délectation que l’on assiste à la métamorphose progressive de Melvin Udall, chassant peu à peu ses démons pour se laisser apprivoiser.

Alors certes, le film n’est pas exempt de tout défaut et n’hésite pas à, quelquefois, enfoncer des portes ouvertes. Mais qu’importe ?! Tel le gamin espiègle qui s’amuserait à tester la patience de ses parents pour mieux voir jusqu’où il pourrait aller, c’est avec tout autant de malice que James L. Brooks met en perspective l’évolution psychologique de son anti-héros au travers de situations cocasses et de dialogues « aux petits oignons ». Il serait, à ce titre, pour le moins délicat d’affirmer avec aplomb qu’il s’agit là de la meilleure prestation de Jack Nicholson tant la carte de visite de ce dernier est riche et variée (de One Flew Over the Cuckoo's Nest, à The Departed en passant par Shining, Chinatown, Batman ou encore Schmidt pour ne citer qu’eux). Cependant, il semble prendre un rare plaisir à habiter le personnage de Melvin, à donner corps à ses névroses, à enchaîner les répliques cinglantes, … pour finalement rendre attachant un personnage que l’on adorerait pourtant détester. Là se situe la quintessence de sa performance tout comme la puissance singulière de ce film à nul autre pareil.
 

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Pour aller plus loin
  • Nominations et Récompenses
Cérémonie Récompenses Nominations
Oscars 98 Meilleur acteur (J. Nicholson)
Meilleure actrice (Helen Hunt)
Meilleur film
Meilleur scenario original (J.L. Brooks)
Meilleur acteur second rôle (G. Kinnear)
Meilleur montage (Richard Marks)
Meilleure musique (Hans Zimmer)
Golden Globes Meilleur acteur dans comédie
Meilleure actrice dans comédie
Meilleur film musical ou comédie
Meilleur acteur second rôle
Meilleur réalisateur
Meilleur scenario
Satellite Meilleur film
Meilleur acteur
Meilleur actrice
Meilleur acteur second rôle (G. Kinnear)
Meilleur second rôle (C. Gooding Jr.)
Meilleur second rôle fem. (S. Knight)
  • Répliques Cultes

Il est particulièrement difficile de sélectionner un échantillon de répliques cultes dans un film qui fait la part belle aux dialogues et aux situations. En voici un florilège, et en V.O. siou plaît !

Melvin Udall: I've got a really great compliment for you, and it's true.
Carol Connelly: I'm so afraid you're about to say something awful.
Melvin Udall: Don't be pessimistic; it's not your style. Okay, here I go: Clearly, a mistake. I've got this, what – ailment? My doctor, a shrink that I used to go to all the time, he says that in fifty or sixty percent of the cases, a pill really helps. I *hate* pills, very dangerous thing, pills. Hate. I'm using the word "hate" here, about pills. Hate. My compliment is, that night when you came over and told me that you would never… well, you were there, you know what you said. Well, my compliment to you is, the next morning, I started taking the pills.
Carol Connelly: I don't quite get how that's a compliment for me.
Melvin Udall: You make me want to be a better man.
Carol Connelly: …That's maybe the best compliment of my life.
Melvin Udall: Well, maybe I overshot a little, because I was aiming at just enough to keep you from walking out.

Melvin Udall: [présentant Carol à Simon] Carol the waitress, Simon the fag.

Melvin Udall: [faisant irruption chez sa psychanalyste] HELP!
Dr. Green: If you want to see me, you will not do this. You will make an appointment.
Melvin Udall: Dr. Green, how can you diagnose someone as an obsessive compulsive disorder, and then act like I have some choice about barging in here?

Une réceptionniste: I can't resist! You usually move through here so quickly and I just have so many questions I want to ask you. You have no idea what your work means to me.
Melvin Udall: What does it mean to you?
La réceptionniste: [se levant] When somebody out there knows what it's like… [place une de ses mains sur le Coeur et l’autre sur son front]
La réceptionniste: … to be in here.
Melvin Udall: Oh God, this is like a nightmare. [se tourne et appuie sur le bouton de l’ascenseur à moult reprises]
La réceptionniste: Oh come on! Just a couple of questions. How hard is that? [rattrapant Melvin]
La réceptionniste: How do you write women so well?
Melvin Udall: I think of a man, and I take away reason and accountability.

  • Anecdotes

– Les rôles de Simon, Carol et de Melvin auraient dû initialement échoir respectivement à John Cusack, Holly Hunter et John Travolta.

– Jack Nicholson a dédié son Oscar à J.T. Walsh, avec qui il partagea l’affiche en 1992 dans A Few Good Men, décédé peu avant la cérémonie de remise des récompenses. 

– Une ancienne version du script, intitulée Old Friends, a été classée comme un des meilleurs scenarios jamais adaptés par le magazine Movieline. Il prévoyait de donner le rôle-titre à Kevin Kline et la réalisation à Mike Newell.

– Dans une scène, Verdell (le chien de Simon) commence à singer Melvin en évitant les fêlures sur le trottoir. Pour les besoins de la scène, l’équipe technique a placé de petits obstacles au niveau des fissures pour faire comprendre à l’acteur canin qu’il devait les « enjamber ». Pour que l’illusion soit totale, il ne restait plus qu’à supprimer numériquement les obstacles en post-production. 

– A ce jour, As Good as it Gets reste le dernier film à avoir cumulé les Oscars du meilleur acteur et de la meilleure actrice.

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