Le Panthéon du cinéma : 6 – Wall-E

Le hasard veut que le film classé sixième de ce Panthéon du cinéma a déjà fait l’objet, en ces lieux, d’une superbe chronique avec laquelle je suis en parfaite adéquation. Ne voyant aucune raison tangible de faire un doublon qui pourrait s’avérer moins inspiré que l’écrit original de Manoux, je me contenterai d’une analyse réduite à son plus simple appareil (une fois n’est pas coutume), mais agrémentée d’une foultitude d’anecdotes dont je vous laisserai seuls juges de leur intérêt.

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Fiche technique

Wall-E
  Titre Original : Wall-E
Titre Français : Wall-E
Genre : Animation
Réalisateur : Andrew Stanton
Producteurs : John Lasseter, Jim Morris et Lindsey Collins
Acteurs : non significatif
Scénariste : Andrew Stanton, Jim Reardon et Pete Docter

Musique : Thomas Newman
Distributeur : Walt Disney Pictures
Sortie US : 27 juin 2008
Sortie Fr : 30 juillet 2008
Durée : 98mn
Budget : 180M$
Box-office mondial : 534,8M$
Evaluation Globale : 87,5%

Synopsis

Source : Wikipedia

Au début du XXIIe siècle, la compagnie Buy n Large monopolise l'économie de la Terre et devient un gouvernement mondial. La surconsommation a tôt fait de transformer le monde en un dépotoir et, dans une tentative de préserver l'humanité, la société commandite un exode massif à bord de vaisseaux spatiaux. Durant les cinq ans que doit durer l'exode, la compagnie envoie des milliers de WALL·E (Waste Allocation Load Lifter Earth-Class) pour nettoyer la Terre. Après 700 ans, il ne reste plus qu'un unique WALL·E. Sa solitude prend fin lorsqu'un jour une fusée dépose une sonde robotisée immatriculée EVE (Extraterrestrial Vegetation Evaluator, littéralement Évaluatrice de la végétation extraterrestre), chargée de ramener aux humains une preuve de vie sur Terre. WALL·E tombe amoureux d'EVE, et lui offre une plante qu'il a découverte lors de ses opérations de nettoyage. La fusée qui a déposé EVE revient la chercher et WALL E accourt pour ne pas la laisser partir. L'appareil embarque EVE puis décolle mais il emmène aussi WALL E accroché à sa coque. WALL E découvre que les humains ont survécu dans un gigantesque vaisseau. Toutefois, AUTO, le pilote automatique du vaisseau, fait tout pour se débarrasser de la plante, puis de WALL·E et d'EVE, car des instructions secrètes lui interdisent de permettre aux humains de regagner un jour la Terre.

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L’analyse

Comme je l’énonçais en introduction, je ne vois nul intérêt à me fendre d’une review classique dans la mesure où Manoux s’est déjà essayé, avec succès, à cet exercice. Je ne vois rien à ajouter sur les plans purement techniques, les productions Disney Pixar étant traditionnellement sujettes à la perfection dans ce domaine si ce n’est, qu’en l’espèce, le présent film marque de manière encore plus flagrante l’immense gap artistique et technique séparant les réalisations du studio avec ce que sont capables de produire les concurrents. Disons le tout de go, Wall-E est une claque visuelle de chaque instant et le visualiser en HD ne manquera pas de vous faire pleurer de bonheur. Graphismes et animation ne connaissent pas de faille et sont magnifiés par un déluge de couleurs somptueusement choisies et travaillées. N’en jetez plus, si la perfection n’est pas de ce monde, il est évident que la technique de Wall-E fait figure, à ce jour, de ce qui s’en approche le plus.

Mais Pixar, et Disney plus particulièrement, excellent également dans l’art de conter des histoires. Combien de productions Disney, qu’elles soient issues du monde de l’animation ou du cinéma traditionnel, ont marqué si profondément l’inconscient collectif qu’elles en sont devenues éternelles ? Wall-E est incontestablement à inclure dans cette catégorie, en ce qu’il est, mais également en ce qu’il véhicule. Je m’explique. Le présent scénario est génial en tant que tel, notamment au travers de sa mise en scène. Dans une époque où tout est exposé de la manière la plus explicite qui soit, où la jeune génération plébiscite les productions les plus colorées, amusantes et rythmées, Andrew Stanton et son équipe se hasardent à prendre tout le monde à contre-pied. En optant pour un storytelling exclusivement visuel durant les premières vingt minutes du film, comme un hommage intemporel aux œuvres de Buster Keaton et autres Charles Chaplin, Andrew Stanton invite les spectateurs à redécouvrir des sens trop longtemps mis en sommeil. Loin d’être seulement passif, le public est donc amené à ressentir, à compenser l’absence de dialogue par l’appréhension des sentiments véhiculés par les mimiques des protagonistes, par l’astucieuse mise en scène, le tout sublimé par une atmosphère sonore littéralement envoûtante. Au risque d’user d’un oxymore peu inspiré, je dirais qu’à travers Wall-E le tacite n’a jamais paru aussi tangible.

Au-delà de cela, le scénario de Wall-E est également prodigieux en ce qu’il véhicule, notamment dans sa seconde partie. Même si d’aucuns pourraient légitimement penser que les propos alarmistes tenus faisant écho tant aux risques inhérents à la surconsommation, à l’assistance robotisée systématique, à l’absence de respect envers notre écosystème, ne sont qu’un vil prétexte à la réalisation d’une œuvre écolo, thème hautement bankable actuellement, il n’en demeure pas moins que le large public auquel s’adresse une production de cette ampleur (et la puissance marketing de Disney) ne peut que provoquer une éventuelle prise de conscience salutaire… Là où les reportages classiques, adeptes de la surenchère catastrophique tendent à échouer, le mérite de Wall-E aura été de sensibiliser un très large panel de spectateurs au travers d’un scénario enfin optimiste et enjoué. Une pédagogie gagnante, de mon point de vue, bien loin de générer les effets pervers d’un Finding Nemo qui avait vu une ruée mondiale vers les poissons clowns jusqu’à risquer la disparition de l’espèce… Une pédagogie gagnante qui est d’autant plus frappante qu’elle émane d’une firme qui a toujours été targuée de pousser à la surconsommation. Le fait que de tels propos soient tenus par Disney leur confère une portée exceptionnelle, un peu comme si Total faisait campagne contre les motorisations à explosion… Une initiative qui se doit d’être saluée comme il se doit quand on connaît l’impact potentiel que peuvent avoir les productions Disney de par leur intelligibilité et l’ampleur de leur diffusion et ce, même si les mauvaises langues crieront à un infâme opportunisme marketing.

Qu’à cela ne tienne, Wall-E ose le pari d’être ingénieux et un tantinet impertinent à une époque où la prise de risque tend à se réduire comme peau de chagrin à Hollywood. Au milieu de tant de produits aseptisés et convenus, il fait figure de véritable bouée d’oxygène pour tous les rêveurs et ceux qui ont encore envie de s’évader au travers d’une expérience cinématographique à nulle autre pareil. C’est en cela qu’il surpasse tout ce qui a pu être produit dans le domaine de l’animation jusqu’alors. Là où, dans leurs styles respectifs, des films tels que The Lion King, Brother Bear, ou plus encore Cars et Beauty and the Beast ont su donner leurs lettres de noblesse au genre, Wall-E demeure l’unique perle de ce divin écrin à avoir su concilier maestria artistique, expérience novatrice, caractère intemporel et fédérateur, et enfin pertinence des propos. Pour tout ce condensé brut de bonheur, en deux mots comme en cent, merci messieurs ! 

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Pour aller plus loin
  • Nominations et Récompenses
Cérémonie Récompenses Nominations
Oscars 2009 Meilleur film d’animation Meilleur son
Meilleur scenario original pour le cinéma
Meilleure B-O pour film d’animation
Meilleure chanson originale pour film d’animation
Golden Globes Meilleur film d’animation Meilleure chanson originale pour film d’animation
Satellite Meilleur film Meilleur son
Meilleur scenario original pour le cinéma
Meilleure B-O pour film d’animation
Meilleure chanson originale pour film d’animation
Saturn Awards
Meilleur film d’animation Meilleur réalisateur
 

Il est également à noter que le film s’est vu attribuer un nombre impressionnant de récompenses lors de remises de prix musicaux aussi prestigieux que les Grammy Awards. Très légère déception cependant du côté des Annie Awards (cérémonie récompensantexclusivement le travail technique autour des films d’animation) où le film n’a glané aucun titre en dépit d’un très grand nombre de nomination (7).Une contre-performance toute relative pour Pixar quand on connaît la manière dont le vote s’est déroulé cette année-là et l’infâme lobbying qu’a imposé Dreamworks pour promouvoir un Kung-Fu Panda qui, tout drôle et plaisant qu’il était, était définitivement à des années-lumière de l’envergure du petit robot de Pixar. Pour de plus amples informations sur l’objet du scandale, se référer aux dires de David Carr, journaliste au NY Times ici, ou plus encore aux écrits de l’animateur Bill Plympton

  • Répliques Cultes

Il est des images, des visions prémonitoires, ambiances sonores et autres messages subliminaux qui sont bien plus percutants et propres à exacerber les émotions humaines que peuvent l’être de longs discours. Wall-E se singularise en ce sens, notamment au travers de sa première partie, durant laquelle le silence devient à la fois poétique, harmonieux et lourd de sens, et où le ballet amoureux des deux robots parvient à faire tressaillir chaque fibre de nos corps. Face à tant d’ingéniosité et d’authentique beauté, cette catégorie devient aussi inutile que les gesticulations d’un Mickael Vendetta à la méthode Cauet… Je serai, en revanche, bien plus loquace dans la partie suivante tant le film fourmille de clins d’œil et autres références pour geeks confirmés. 

  • Anecdotes

– Le générique de fin est d’une incroyable richesse pour qui aime à scruter les films dans leurs moindres détails. Il reprend, en effet, bon nombre d’iconographies du passé et les agence de manière chronologique. A cet effet, il débute avec des peintures préhistoriques avant d’user des styles graphiques Egyptiens, Grecs, Romains, de la Renaissance, prenant même le parti d’imiter certains Impressionnistes tels que Van Gogh, Seurat ou Renoir. Cet ingénieux survol historique d’environ sept minutes s’achève avec d’audacieuses représentations des principaux robots du film dans un style évoquant les tous premiers jeux vidéo de l’histoire (vous vous rappelez, les gros amas de pixels à la Space Invaders…).

– En preview durant la phase de promotion, mais également à la fin du DVD, on peut voir Wall-E venir réparer la lampe-logo de Pixar en remplaçant la vieille ampoule à incandescence grillée par une… très écologique ampoule à économie d’énergie. L’imagination de Pixar est décidemment sans limite…

– Les noms des protagonistes ne sont rien de moins que des acronymes. Ainsi, Wall-E n’est autre que l’abréviation de “Waste Allocation Load Lifter-Earth-class” tandis qu’EVE renvoie à l’appellation "Extraterrestrial Vegetation Evaluator". De même, M-O n’est autre que l’acronyme de "Microbe Obliterator".

– Dans un commentaire audio présent sur bonus DVD des Simpsons, on apprend que Jim Reardon a démissionné dès 1999 de son poste de directeur exécutif de la mythique série animée américaine afin de superviser l’animation de Wall-E. Une référence y est directement faite dans le film puisque le nom du tout premier commandant de l’Axiom (2105 to 2248 ) n’est autre que Reardon.

– Andrew Stanton est un fan de la première heure de Peter Gabriel, aussi lui a-t-il proposé d’écrire et d’interpréter "Down to Earth", la chanson que l’on peut entendre durant le générique de fin. Pari gagnant dans la mesure où le titre a remporté de nombreuses récompenses, dont le très estimé Grammy award pour la meilleure musique de film.

– Pour rester dans le registre des récompenses, il convient de noter que Wall-E est le premier Pixar à cumuler six nominations aux oscars. Il s’agit du premier film d’animation à réaliser pareille prouesse depuis… Beauty and the Beast de Disney en 1991.

– Le film est dédié à Justin Wright, un animateur des studios Pixar qui s’est éteint à l’âge de 27 ans des suites d’un arrêt cardiaque…

– Andrew Stanton et Pete Docter ont imaginé Wall-E avant même que Toy Story ne soit achevé (1995). Néanmoins, il a fallu que Andrew Stanton mette une touche finale à Finding Nemo (2003) avant de pouvoir réellement s’investir dans Wall-E et en faire le chef d’œuvre que l’on connaît…

– La survie du Twinkie (les célèbres cakes dont les américains raffolent) et du cafard est un clin d’œil envers la légende urbaine répandue outre-Atlantique voulant qu’en cas d’Armageddon tout disparaîtrait à l’exception des blattes et des Twinkies.

– Andrew Stanton et son équipe ont passé toutes leurs pauses déjeuner pendant une année et demi à visionner l’intégralité des films de Charles Chaplin et Buster Keaton afin de les inspirer sur la voie d’un storytelling purement visuel.

– Il est amusant de constater que le dernier débris croisé par Wall-E alors qu’il quitte l’atmosphère terrestre est le satellite russe Sputnik I qui fut, en 1957, la première création humaine à être placée en orbite.

– Lorsqu’Eve tente de renvoyer Wall-E sur Terre à l’aide d’un module de survie, le pont sur lequel ils se rendent porte le numéro 1.9 12, soit 1912. Difficile de ne pas y voir une référence implicite à l’année qui vit un certain Titanic sombrer et causer la mort de milliers de personnes par manque de canots de sauvetage embarqués…

– Les références à Apple foisonnent dans le film, et font écho aux liens historiques étroits entre Pixar et la marque à la pomme. Eve a été en partie désignée par Jonathan Ive, vice-président du département « design industriel » d’Apple, et à qui l’on doit notamment le design de l’iPod. Nul ne pourra également passer à côté du son singulier émis par Wall-E lorsque ses batteries sont entièrement rechargées d’énergie solaire qui ressemble à s’y méprendre à celui émis par la plupart des MAC au démarrage. De même, Wall-E regarde son film favori (Hello. Dolly !) sur l’écran d’un iPod. Enfin, la voix de l’auto-pilote ayant pris le contrôle du vaisseau humain est elle-même synthétisée à partir de MacinTalk, le logiciel de reconnaissance vocale d’Apple.

– Le film regorge également de références à 2001 : Space Odyssey. Tout d’abord, l'oeil de l'autopilote de l'Axiom n’est pas sans évoquer l’ordinateur de bord HAL 9000 du film de Kubrick. C’est d’ailleurs toujours en référence à ce bijou du 7ème art que les créateurs de Wall-E ont baptisé HAL le cafard qui accompagne le petit robot nettoyeur sur Terre. Enfin, c’est la musique "Ainsi parlait Zarathoustra" de Richard Strauss, popularisée par 2001, qui résonne lorsque le capitaine de l’Axiom se dresse sur ses deux jambes et commence à se mouvoir. Enfin le petit cafard de WALL-E se prénomme également HAL.

– Enfin, à tout seigneur tout honneur, il serait anormal de terminer cette rubrique sans lister quelques références ténues à l’univers Disney au sens large. Par exemple, le logo qui apparaît sur la tôle d’Eve une fois qu’elle a récolté un végétal est exactement le même que celui utilisé pour le pavillon « The Land » du parc d’attraction Disney Epcot jusqu’en 2005. De manière quelque peu analogue, on peut s’apercevoir que les sièges du pod de survie dans lequel prend place Wall-E contient des garde-corps orientés du haut vers le bas, comme c’est la cas dans la quasi-totalité des attractions Disney. D’ailleurs, le système permettant aux individus de se mouvoir dans l’Axiom (sorte de « fauteuil volant » automatique) est un hommage à une vieille attraction de Disneyland "The Goodyear PeopleMover" disparue en 1997 en anciennement située dans Tomorrowland (la version anglo-saxonne de notre DiscoveryLand ».

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